L'arbe Caru

Nous ne vivions pas ensemble, mais pendant un temps j’étais avec elle tous les jours. Sachez que je l’ai laissée là, avec sa robe grise et son long manteau. Elle ne m’a pas regardée car elle a regardé son arbre. Cet arbre elle l’appelait Caru, et c’est son histoire qu’il me faut vous dire aujourd’hui. C’est une histoire de passion forte et de vent chaud, de celles qui naissent dans les jardins l’été et qu’on aimerait ramasser comme des fruits tombés. Mais elle se tresse avec des gerbes sèches, malhabile et confuse, aussi je vous demande d’être indulgent et de bien vouloir combler les ombres qui restent tapies aux creux de nos silences. Je n’aime pas les disparitions. J’aurais voulu voir s’élever toujours le cèdre majestueux.

Je suis entrée pour la première fois dans la maison au début de l’été, mais cette maison sauvage et gardée par un cèdre qui semblait millénaire était un mythe d'enfance. Tous les enfants du coin avaient un jour suivi les hauts murs entourant la propriété en espérant trouver une entrée dérobée. Les pierres se perdaient dans une forêt si dense que nous finissions par rebrousser chemin, craintifs. Nous lui inventions des histoires, à ce mas qui n’avait été construit par personne, à cet arbre qui venait de très loin et qui, disait-on, avait poussé comme un charme derrière les hauts murs. Ses branches horizontales formaient comme des terrasses, moi je l’appelais l’arbre-sultan, il suffisait de fermer les yeux et les oiseaux qui l’habitaient se changeaient en soieries, en fleurs.

Nous avions grandi, le village était désert et j’avais dix-sept ans. Les gens oublient les histoires, comme ils oublient les gens, ils fuient. À moi, il m’arrivait encore de longer les hauts murs. J’aimais l’ombre du grand cèdre qui s’étendait jusqu’à l’allée, presque jusqu’à la mer. Son odeur de feuille tendre. Je trainais le long des murs et je pensais, qu’y-a-t- il à aller chercher loin dans les villes ? Jeanne, Antoine, Marwan, disparus là-bas. Et ma mère qui s’en irait bientôt. C’est l’ennui qui me restait, un vide immense dans lequel on voudrait mettre n’importe quelle forme, n’importe quel nom. Je marchais dans le bois derrière la grande maison, comme avant. Comme quand j’avais six ans. Que cherche-t-on sous la lumière ? Je voulais trouver l’entrée. Je voulais la connaître, Suzanne Simoun, qui vivait là. Parce qu’on la disait morte. Mais surtout, parce qu’il y avait le cèdre, majestueuse figure, gardienne de mon enfance qui, comme tout le reste, s’enfuyait.

2

À force de marcher dans le bois je trouvais un chemin sombre. Il traversait la pinède où régnait le silence. C’était un recueillement cette promenade sous les arbres. Serait-elle là, Suzanne, me laisserait-elle entrer et voir son arbre qui dominait la mer ? J’ai trouvé une porte en bois, c’était amusant, une porte qui donnait sur une forêt, c’était presque comme trouver son cœur j’ai pensé. Je n’ai pas frappé. Peut-être m’avait-elle aperçue car, alors que je m’avançais la porte s’ouvrit. J’entrai sans réfléchir, puisqu’on ne réfléchit plus lorsqu’une porte s’ouvre. C’est ce que disait mon père avant qu’il ne parte lui aussi, et j’attrapai ses mots en me pinçant les lèvres, entrant dans le jardin.

Le contraste entre l’obscurité du bois et la gaieté de ce lieu, où les odeurs des fleurs étaient si fortes que l’air semblait moelleux, me ravit. Je me sentis enveloppée d'une indolence que je n’avais jamais connue. Se pouvait-il que la vie offre un air si doux, murmurais-je, ainsi il suffisait de hauts murs pour s’échapper du monde ?

Suzanne était assise sur un muret qui s’étirait depuis la terrasse. Elle semblait perdue dans la contemplation du cèdre. Frêle, les cheveux relevés en chignon, je lui trouvai un air de jeune fille. Ses jambes balanç̧aient avec la légèreté d’une enfant. Ses yeux étaient deux fentes, intensément lumineuses. Elle eut un geste vif, comme pour chasser quelque chose et je fus frappée par une impression indéfinissable, comme si une forme émanait de l’arbre, vers elle, et qu’elle la menaçait. Mais lorsque je m’approchai ses yeux avaient terni, tout son corps s’était affaissé. Elle était très vieille. Je lui pris la main pour l’aider à descendre du muret, je sentis la fraîcheur de sa peau. Je cherchais quelque chose à dire, surtout ne pas entendre que faites-vous là Mademoiselle, n’avez- vous pas de maison, tout près du port, petite et biscornue, cette chose-là ne vous suffit-elle pas qu’il vous faut venir chez les autres ?

Mais elle ne me dit rien. Ainsi elle m’attendait, car c’est agréable de se le dire, et lorsque les solitudes se rencontrent c’est bien plus beau de les relier pour faire une droite infinie, que de les voir telles qu’elles sont, les solitudes, simplement là et pas du tout jolies. Elle m’entraîna de son petit pas lent vers l’intérieur, s’assit sur un fauteuil qui faisait face au cèdre. Je regardais ses jambes où les varices avaient dessiné des chemins. Son silence envahissait tout l’espace. Et je dis :

« — Alors, vous vivez. Et bien moi aussi. Je voulais vérifier. Je ne reviendrai plus. » Pourtant, je revenais. Apprendre comment les vieux perdent la voix, et comment les arbres poussent derrière les murs.  

3

Chaque jour, j’arrivais par le bois, laissant courir mes mains sur les troncs, écoutant les épines craquer comme des sucreries sous les dents. Puis j’entrais, et je l’attendais parfois des après-midi entières, avant d’entendre à l’intérieur de la maison ses petits pas discrets et le bruit de ses bracelets. Car après la première fois, je ne la vis plus dehors. Mais elle avait tendu un fil entre moi et son jardin, brodé aux pieds du cèdre. Je prenais sa place. Je m’asseyais sur le muret et je ne faisais rien d’autre que sentir mon corps. J’observais l’arbre, le soleil en morceau sous ses branches. Et bientôt mes visites à Suzanne devinrent nécessaires, je venais dès que le soleil chauffait, je marchais vite, j’ouvrais la porte et courais. M’abreuver de verdure.

Les jours filaient, juin, juillet. Août. Suzanne me laissait venir, ne demandait rien et je n’avais rien à offrir. Je voulais simplement être là, mais l’inquiétude avait remplacé le calme serein des premiers temps. Je me sentais envahie par une forme d’ivresse, et mes méditations sur le muret me donnaient le tournis. En face de moi, le cèdre. Je ne pouvais détourner mes yeux de son écorce brune, je me perdais dans les ramifications de ses branches. J’étais emportée par la géométrie mouvante de ses épines, et il m’arrivait de sentir le désir d’étendre mon corps près de lui.

Je m’étais rendue compte, une journée où le vent était si chaud que j’étais restée immobile, abasourdie par la pesanteur de l’air, que le jardin entier convergeait vers le cèdre. La glycine accolée au mur du potager avait tourné ses grappes ; au sol, le lierre rampait, contournait le muret et étendait ses lianes jusqu’à ses racines ; toutes les fleurs avaient déployés leurs corolles de son côté, et je le voyais royal, comme éclairés d’une centaine projecteurs colorés. Et le vent ne soufflait que pour lui, s’enroulant à son tronc il faisait vibrer ses branches, donnant à sa verdure enfin la consistance d’un fluide. L’arbre s’écoulait en continu, respirait face à moi.

Il m’était chaque jour plus difficile de quitter le jardin. Lorsque j’entendais Suzanne descendre, c’était avec rage que je m’arrachais à ma contemplation et venais la trouver. Elle ne disait pas un mot, assise sur son fauteuil. Parfois je lisais. Nous restions là un long moment sans rien faire. Puis elle me congédiait, du même geste vif que je lui avais vue avoir pour l’arbre le premier jour. Je repartais, triste vers ma maison qui me paraissait si petite, où le seul arbre qui poussait était un pommier malade, où les fleurs ne sentaient rien ; et je traversais le bois tandis que mon corps se déchargeait de la chaleur du jour mais que mon cœur se rétractait.  

4

Que m’arrivait-il ? Je jalousais Suzanne car elle était liée à l’arbre. Elle le possédait. Il lui suffisait d’ouvrir la porte pour profiter de son ombre, il me semblait que ses verts n’existaient que pour elle.

Alors je l’observais comme une rivale. Dans son silence constant, j’écrivais une histoire violente. Sur ses traits quelque chose d’une tristesse très ancienne passait, presque lasse, molle, déjà engloutie par le temps. Si j’avais su, à ce moment, si j’avais été moins jeune peut-être qu’au lieu de la haïr j’aurais voulu l’aider, peut-être les mots qu’elle ne me dit jamais auraient-ils pu me sauver. Mais je lui en voulais d’être là, au cœur de ce jardin superbe. J’étais blessée d'être pour toujours de passage, et lorsque sa main frêle se tendait vers moi j’attrapais ses doigts sans tendresse.

Quand je me rendais compte qu’il lui suffisait d’un mot pour que je sois exclue de son jardin j’étais prise de peur. Je redevenais douce, docile. J’essayais à nouveau de lui parler. Face à ses silences je racontais :

« —Là où je vis, c’est une toute petite maison qui me vient de ma mère. Il a fallu choisir entre un jardin et une terrasse, alors nous avons enlevé les dalles pour y bêcher la terre. Un arbre a bien voulu pousser, au fond, près de la cabane, mais il est trop près du mur et ses fleurs s’abîment contre le crépis. Ça n’est pas comme ici. Le soleil vient, mais seulement l’été, et encore il faut être tout près de la gouttière, à l’heure la plus haute, oui, nous y déjeunions avant. Ma mère riait de ce soleil qui ne touchait que le zinc et le mur alors qu’elle rêvait des couleurs des fleurs. »

Elle restait muette. Il y avait dans cette calme résignation à la parole quelque chose d’envoûtant, je me sentais libre de dire ce qu’il me plaisait, comme si mes pensées ne risquaient rien. Je dis la vérité. Je racontais la solitude, la maladie. Je disais la douleur d’un père absent, et la volonté d’être autre chose que ce que les autres finissent pas devenir. Puis, insensiblement je commençais à transformer les choses. Malgré moi. Car derrière, je sentais l’ombre du grand cèdre s’allonger, et les formes grises qui s’étendaient sur ma peau, ondulantes, presque liquides, me donnait envie d’être une autre. C’était comme si j’avais voulu être à la hauteur d’un passé interdit, et peut-être, oui, peut-être que je sentais venir de l’arbre, imperceptible, une ombre mobile, qui dans mes rêves prenait une forme humaine.

5


C’est ainsi que ma vie se réinventa pour un jardin, pour un arbre, pour une couleur que je n’avais pas connue. Assise près de Suzanne, sous son regard clair, je ne parlais plus pour elle. D’ailleurs je ne la regardais même plus, je gardais les yeux clos, profitant du vent qui courrait sous mes aisselles nues. Je décrivais un pays merveilleux, très lointain, où j’aurais voulu grandir. Un lieu où le soleil ne descendait jamais, où la mer entourait de bleus vifs et mouvants la terre brune. Un endroit où mon arbre aurait pu être le seul à garder le souvenir du vert, où on l’aurait aimé pour ça, adulé, et je le servais, j’en faisais un roi, une figure éternelle, tandis que son ombre s’allongeait sur mon corps.

Dans les yeux de Suzanne je sentais une réprobation silencieuse à ma fascination. Que savait-elle qu’elle ne me dit jamais, des désirs qui se trompent ?

Commença une période inquiète. Je rêvais toutes les nuits d’une figure brune, enveloppée d’ombres. Seuls ses yeux, verts, translucides, m’apparaissaient et je les poursuivais sans cesse jusqu’à ce que je m’éveille épuisée. Parfois il me semblait entendre sa voix, chargée d’odeur de feuilles c’était une voix qui ressemblait à un souffle. Elle m’invitait à la suivre, elle m’emportait dans son tourbillon sans que jamais je ne puisse la rejoindre. Les jours passaient et le désespoir m’envahissait. La joie des débuts avait terni. L’ivresse se changeait en passion triste, je ne savais plus rien faire d’autre que de courir chez Suzanne. Attendre dans son jardin immense à humer, avide, l’odeur de l’arbre qui me tourmenterait le soir.

Mais il n’y avait rien pour moi. Dans les histoires que je racontais j’avais disparu. Les fleurs fanaient. La verdure apaisante se teintait d’ocres, de rouges, d’herbe séchée. Tout avançait vers la mort, et je regardais les couleurs s’enfuir sans pou- voir m’arracher à ce lieu que j’aimais tant. Je savais que je devrais les quitter, ces pierres, ces herbes, et ce vent qui n’était même plus chaud ; les yeux fendus de Suzanne m’épiaient, eux-aussi m’étaient devenus chers ; mais plus que tout, je rageais de n’avoir jamais découvert cette présence qui pourtant m’envahissait. C’était donc vrai ce qu’on disait, petite, ne t’éloigne pas de la route et n’entre pas chez les inconnus. Reste sage, ne pense pas t’échapper, tu es sur terre et c’est tout, même la liberté est soumise à la gravité, oublie les cimes, les branches et le grand ciel, il ne faut plus bouger.

6

Je devins encore plus exaltée. Je me collais au tronc. Si proche que l’écorce me blessait la peau. Lorsque le vent s’engouffrait sous les branches je lançais mon corps en arrière, pour me sentir une peau végétale, mais aussi pour m’offrir à ses ombres qui me narguaient.

Parfois je m’endormais, en oubliant Suzanne et ses pauvres jambes froides, presque sans vie. Je fermais les yeux et croyais me fondre dans la sève, les lumières de l’après-midi m’enveloppaient. Mais je pleurais, oui, ces sommeils étaient inondés de larmes. Ces abandons me rendaient sauvage. J’avais le cœur d’un renard, je ne voulais que fuir, et pourtant j’étais enchaînée à l’arbre, à ses fantômes qui s’étalaient sur ma peau continuellement ; je ne savais plus penser, mon cœur s’était tant abreuvé de sa lumière verte, et de son vent, et de sa majesté qu’il ne connaissait plus que la sensation pure. Je sentais les mots me quitter lentement, je n’aimais rien d’autre que ses couleurs. Je voulais les regarder sans penser. Je cherchais la lumière sous les épines de l’arbre, seule. Mes yeux fixaient les formes et j’oubliais que je savais les nommer. C’est ainsi que l’ombre devint corps, là aussi, imperceptiblement, et dans ces derniers instants où je renonçais à connaître, je le vis apparaître enfin.

Que peuvent les mots pour décrire l’illusion ? Je laissais sa forme noire m’envelopper, et je m’écoulais, absorbée un instant par la terre, ni esprit, ni corps, simple palpitation. Sa voix disait, je reviendrai. Elle sifflait que nous nous retrouverions là où je l’avais inventé. Mais où, répondais-je ? Et comment te reconnaître ? Il m’avait prise, je cueillais son nom, Caru, Caruso, et déjà il me quittait.

Lorsque j’ouvris les yeux le jardin était calme, les oiseaux s’étaient tus, l’air était immobile. Suzanne était assise sur le muret comme le jour de mon arrivée. J’ai pensé, c’est la fin. Elle me parut très jeune mais peut-être était-ce le vent qui passait sous sa robe. Elle avait les pieds nus, ses jambes fines se balançaient. Dans sa main elle tenait un fruit, un cône pâle qu’elle faisait rouler sur la pierre. Elle me fit signe d’approcher, de ce geste vif qui lui tenait lieu de mots. Les deux fentes de ses yeux clairs se plantèrent sur mon visage, juste au milieu de mon front comme si elle ne s’adressait pas à moi mais à quelque force obscure cachée à l’intérieur — elle dit, et je me souviens avec émotion de sa voix, suave, lente, incroyablement enveloppante :

« — Va, Caru, va. Il ne faut plus revenir. »

Elle descendit du muret, lança ses yeux vers le cèdre comme pour demander l’apaisement, et me mit son fruit dans la main. Quand elle passa devant moi je cru l’entendre chanter. Que disait-elle ? L’absence, oui, elle me dit l’absence de ceux que nous aurions pu être, et je la regardais rentrer dans sa maison superbe, vieille sorcière, comme poussée par le vent qui soufflait de l’arbre et qui venait la retrouver.

7

Je ne revins jamais. Je traversai la forêt de pin, vers le soleil d’automne et lorsque j’arrivai près de ma maison toute petite, sans lumière, avec son jardin de terre et son pommier malade je pleurais. La mer brillait, au bout de la rue. Je courrai, et j’y lançai le fruit, très loin. Je sentis son odeur puissante se mêler aux embruns. J’envoyais ce qu’il me restait de l’arbre en voyage. Je voulais m’échapper de cet été terrible, où j’avais découvert qu’il y avait quelque part au fond de nous un monde pour les illusions où le corps disparaît.

Mais je n’ai pas réussi. On ne retrouve jamais les chemins qui nous ont égarés, j’ai pensé que c’était bien, cette phrase, elle pourrait remplacer les portes qui s’ouvrent et qu’il faut prendre, et j’ai continué à errer sur les routes, longtemps. J’ai marché et je voyais Suzanne, qui n’a jamais rien dit à part qu’il fallait partir. Ainsi c’était pareil pour tout le monde, s’enfuir pour ne pas voir les vieux mourir et leur arbre disparaître avec leurs souvenirs, et puis courir pour ne pas que l’hiver nous rattrape, garder le soleil quelque part. Caru, je répétais, cela sonnait comme le nom d’un garçon. Que m’en restait-il ? Le souvenir de sa couleur, obsédante, que je portais en moi comme l’image d’un enfant.

Alors je marchais vers la mer. Je scrutais l’étendue où j’avais jeté son fruit, j’entendais les oiseaux qui criaient « —Caru ! Caru ! ». Était-ce seulement cela ? Il m’avait dit qu’il reviendrait. Et je l’attends, comme j’attendais Suzanne, car c’est ce que font les arbres. Un jour, je le verrai, mon ombre chancelante revenant de voyage. Je me jetterai dans ses yeux encore pleins d’un soleil royal, entièrement jaunes et bleus, hallucinés d’avoir été si seuls sur l’étendue, se partageant l’or avec l’azur pour recréer la couleur absente de la nature ; car j’ai gardé de cet été-là, tout au fond de moi, la couleur manquante, la verdure enchantée et calme, la plénitude des feuillages et des fleurs ; et nos yeux s’accoupleront sans bruit dans un feu de lumière jusqu’à ce que les couleurs de la mer et du ciel, du soleil et des arbres se soient si absolument mélangées dans nos cœurs que nous nous enfuirons en laissant derrière nous les souvenirs, les pierres, les vieilles dames et les arbres pour d’autres couleurs que nous ravirons ensemble.