Guajira

La pointe du continent est une dune orange balayée par le vent. Au centre d’un cirque de sel et de terre desséchée j’ai vu une tombe, la première, une croix de bois ornée d’un bout de tissu. Mes pas ont suivi. L’autre tombe est apparue, plus petite, faite de branches tordues. À leurs pieds traînait un oiseau. Mes bras se sont tendus sous la lumière du désert. Puis je suis repartie vers la dune qui s’élève comme un contraire du ciel.

En haut je n’ai plus de souffle. Ce qui me traverse c’est le silence si plein d’un temps suspendu. La mer se drape d’un turquoise éblouissant, se soulève en vague continue, appelle à la chute, à l’oubli, à l’ensevelissement. Je m’allonge, roulant vers le rivage comme un vieux chien. Mon œil cherche le ciel. Juste au dessus je vois une boule d’un jaune pâle, brillant comme une lune, entouré d’un cercle blanc. Le soleil s’est fait symbole. Sur la pointe du continent, le soleil porte couronne et moi je m’enduis de son chant, adoratrice accablée de chaleur.

C’est là que je les vois. Au bout de la plage, si loin, pourfendus par la lumière divine de ce soleil d’Aton, deux lames noires, deux images apportées par la mer d’une histoire solitaire et déchue.

Un homme lave son âne. Il le caresse. Il fait ruisseler sur sa chair sombre l’eau salée des confins de la terre. Et la lenteur de ses gestes m’emporte dans ce vaisseau fantôme de lumière et de vent, là où le temps n’est plus qu’une brise, ou le silence.

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